Création d’entreprise

Créer son entreprise à Genève : raison individuelle, Sàrl ou SA ?

9 min de lecture Par Yago Ribeiro

Capital, patrimoine privé, charges, fiscalité ou protection sociale : les principales différences à connaître avant de choisir entre raison individuelle, Sàrl et SA.

Choisir entre raison individuelle, Sàrl et SA à Genève

Choisir une forme juridique ne consiste pas seulement à comparer l’absence de capital minimum, CHF 20’000 et CHF 100’000 de capital. Ce choix influence aussi votre patrimoine privé, vos charges courantes, votre protection sociale, votre fiscalité et la manière dont votre entreprise pourra accueillir des associés ou être transmise.

Les règles principales sont fédérales et s’appliquent dans toute la Suisse. À Genève, la fiscalité et certaines démarches locales peuvent toutefois modifier le résultat. Il n’existe donc pas de forme universellement meilleure, la bonne structure est celle qui correspond à votre activité, à vos risques et à vos projets.

Le choix en un coup d’œil

Comparaison de la raison individuelle, de la Sàrl et de la SA selon sept critères
CritèreRaison individuelleSàrlSA
Capital minimumAucunCHF 20’000, entièrement libérésCHF 100’000, dont au moins CHF 50’000 libérés à la création
Patrimoine privéEngagé pour les dettes de l’activitéEn principe séparéEn principe séparé
Gestion couranteLa plus légèrePlus structuréePlus structurée
Statut du dirigeant actifIndépendantSalarié de sa sociétéSalarié de sa société
ChômagePas de couverture pour l’activité indépendanteDroit généralement bloqué tant qu’une influence importante subsisteDroit généralement bloqué tant qu’une influence importante subsiste
Entrée d’investisseursPeu adaptéePossible, mais plus encadréeGénéralement la plus adaptée
Visibilité publiqueLe propriétaire est identifiableAssociés et participations visiblesActionnaires non affichés au registre public ; conseil d’administration visible

Quel capital faut-il prévoir ?

La raison individuelle : aucun capital minimum

La raison individuelle peut être lancée sans capital légal minimal. Cela ne signifie pas qu’elle peut fonctionner sans liquidités : il faut tout de même financer le matériel, les assurances, les premiers loyers, les charges et le temps nécessaire pour obtenir les premiers encaissements.

La Sàrl : CHF 20’000 entièrement libérés

Le capital social minimal d’une Sàrl est de CHF 20’000 et doit être entièrement libéré lors de la création. Après l’inscription au registre du commerce, cet argent appartient à la société : il n’est pas bloqué définitivement et peut être utilisé pour financer son activité, sous réserve de respecter les règles de gestion et de préserver sa solvabilité.

La SA : CHF 100’000 de capital-actions, dont au moins CHF 50’000 libérés

Une SA doit disposer d’un capital-actions d’au moins CHF 100’000. À la création, il est possible de ne libérer qu’une partie du capital, avec un minimum de CHF 50’000 dans le cas habituel d’un capital de CHF 100’000. Le solde non libéré n’est pas un emprunt contracté par la société : les actionnaires restent engagés à le verser si la société l’appelle ultérieurement.

Quel risque pour le patrimoine privé ?

En raison individuelle, l’entreprise et son propriétaire ne forment juridiquement qu’une seule personne. Les dettes professionnelles peuvent donc être poursuivies sur l’ensemble du patrimoine privé de l’entrepreneur.

La Sàrl et la SA sont des personnes morales distinctes. En principe, leurs dettes sont couvertes par leur propre patrimoine, et non par celui des associés ou des actionnaires. Cette protection est importante, mais elle n’est pas absolue.

Point d’attention

Un dirigeant peut notamment s’engager personnellement en accordant une caution ou une garantie privée pour un crédit bancaire, un leasing ou un bail commercial. Sa responsabilité peut aussi être engagée en cas de violation de ses devoirs de gestion. À titre de clin d’œil qui n’en est pas tout à fait un : ne pas tenir la comptabilité, ou laisser durablement les comptes dans un état inexploitable, peut constituer un manquement sérieux. Cela ne transforme pas automatiquement toutes les dettes de la société en dettes privées, mais peut contribuer à engager la responsabilité personnelle du dirigeant si un dommage en résulte.

Coûts courants et protection sociale

La raison individuelle est généralement la structure la moins coûteuse à créer et la plus légère à administrer. Le propriétaire n’a pas de salaire à établir pour lui-même et sa fiscalité est intégrée à sa déclaration personnelle.

Ses charges obligatoires sont souvent plus faibles, mais sa couverture est aussi moins étendue. Pour lui-même, l’indépendant n’est pas obligatoirement affilié à une caisse de pension et n’est pas obligatoirement assuré contre les accidents professionnels. Il ne cotise pas à l’assurance-chômage pour son activité indépendante. Il reste toutefois soumis aux cotisations sociales applicables aux indépendants, notamment à l’AVS/AI/APG et aux allocations familiales. Dès qu’il engage du personnel, il assume les obligations ordinaires d’un employeur pour ses salariés.

Dans une Sàrl ou une SA, le dirigeant rémunéré est considéré comme salarié de sa propre société. La société doit donc gérer les salaires, les assurances sociales, l’assurance-accidents et, lorsque les conditions sont remplies, la prévoyance professionnelle. Le coût total est généralement plus élevé, mais la couverture et la séparation entre l’entreprise et la personne sont aussi plus structurées.

Quand choisir la raison individuelle ?

La raison individuelle convient souvent à une activité exercée seul, avec peu d’investissements, peu de risques financiers et un besoin de simplicité. Elle permet de tester un marché rapidement et à moindre coût, notamment pour une activité de conseil, une profession libérale ou une prestation de service.

Elle devient moins confortable lorsque l’activité nécessite des engagements importants, du personnel, des partenaires, des investisseurs ou une protection renforcée du patrimoine privé. Le statut d’indépendant doit par ailleurs être reconnu par la caisse de compensation sur la base des conditions réelles de l’activité : il ne suffit pas de se présenter comme indépendant ou d’émettre des factures.

Devenir indépendant

Quand choisir la Sàrl ?

La Sàrl représente souvent le meilleur compromis pour une petite ou moyenne entreprise qui souhaite limiter le risque personnel sans devoir réunir le capital requis pour une SA. Elle est adaptée à une activité destinée à durer, à engager du personnel ou à être exploitée par plusieurs associés.

Elle reste toutefois étroitement liée à ses associés : leur identité et leurs participations sont visibles au registre du commerce, et la cession de parts sociales est plus encadrée que la transmission d’actions. Cette proximité peut être un avantage dans une entreprise familiale ou entre partenaires actifs, mais devenir une contrainte si l’actionnariat doit évoluer fréquemment.

Créer une Sàrl ou une SA

Quand la SA devient-elle pertinente ?

Pour beaucoup de petites entreprises, une SA n’est pas nécessaire au démarrage. Elle devient en revanche particulièrement pertinente lorsque la structure doit accueillir des investisseurs, lever des fonds ou préparer une transmission.

Les actions sont généralement plus faciles à transférer que les parts d’une Sàrl, et l’organisation de la SA permet de séparer plus clairement les propriétaires de la direction opérationnelle. Cette structure est donc souvent plus lisible lorsque plusieurs investisseurs interviennent ou lorsque l’entreprise doit poursuivre son développement indépendamment de ses fondateurs.

La SA offre également davantage de discrétion vis-à-vis du public : les actionnaires ne figurent en principe pas dans le registre du commerce public, alors que les membres du conseil d’administration et les personnes disposant d’un pouvoir de représentation y apparaissent. Il ne s’agit toutefois pas d’un anonymat absolu : la société doit connaître ses actionnaires et les banques, autorités fiscales ou autres organismes habilités peuvent demander les informations nécessaires.

Enfin, la SA peut donner une image plus institutionnelle auprès de certains partenaires. Ce point reste secondaire : une banque ne finance pas automatiquement une SA plus volontiers qu’une Sàrl. Elle analysera avant tout la rentabilité, les fonds propres, les garanties, la qualité du projet et les personnes qui le portent.

Créer une Sàrl ou une SA

Fiscalité : une comparaison à faire au cas par cas

En raison individuelle, le bénéfice de l’activité est directement ajouté au revenu imposable du propriétaire. La fortune commerciale est également déclarée dans sa fortune personnelle.

Dans une Sàrl ou une SA, la société est imposée sur son bénéfice et son capital. Le dirigeant est imposé séparément sur son salaire et, le cas échéant, sur les dividendes reçus. Les dividendes provenant d’une participation qualifiée bénéficient généralement d’une imposition partielle et ne sont, en principe, pas soumis aux cotisations AVS comme un salaire. Ils ne constituent toutefois pas un levier sans limite : la rémunération du dirigeant doit rester cohérente avec le travail fourni, faute de quoi une partie du dividende peut être requalifiée.

Selon le niveau de bénéfice, le salaire nécessaire au dirigeant, les dividendes envisagés, les pertes reportables et la situation personnelle, la société de capitaux peut être plus ou moins avantageuse. Une simulation fiscale et sociale est donc beaucoup plus fiable qu’une règle générale.

Chômage : une différence importante, mais parfois mal comprise

L’indépendant n’a pas droit aux indemnités de chômage sur la base de son activité indépendante.

Le dirigeant salarié d’une Sàrl ou d’une SA cotise à l’assurance-chômage. Il ne peut toutefois généralement pas percevoir d’indemnités tant qu’il conserve une influence importante sur les décisions de la société, par exemple comme gérant, associé déterminant ou membre du conseil d’administration. Un droit peut être examiné lorsqu’il abandonne définitivement cette position, sous réserve des autres conditions ordinaires.

Et dans la vie quotidienne ?

La raison individuelle est simple à exploiter, mais les revenus de son propriétaire sont parfois moins faciles à présenter à une régie, à une banque ou à un autre organisme habitué aux fiches de salaire. L’indépendant peut devoir produire ses comptes, ses taxations, ses décisions de cotisations ou une situation intermédiaire, puis expliquer des notions que son interlocuteur maîtrise parfois mal.

Trois fiches de salaire sont généralement plus familières, mais créer une Sàrl ou une SA ne règle pas automatiquement la question : une régie ou une banque peut aussi demander les comptes de la société lorsque le demandeur contrôle lui-même sa rémunération. La qualité et la lisibilité des documents restent donc essentielles, quelle que soit la forme juridique.

Peut-on changer de structure plus tard ?

Oui, mais ce changement n’est pas toujours neutre. Une raison individuelle peut transférer son activité à une nouvelle Sàrl ou SA, ou cesser son activité pendant qu’une nouvelle société est constituée. Une Sàrl peut également être transformée en SA sans liquidation.

Point d’attention

Selon la méthode retenue, il faut prévoir des frais de notaire, de registre du commerce, d’évaluation, de conseil fiscal et parfois de vérification par un auditeur. Lorsqu’une raison individuelle cesse simplement son activité et qu’une nouvelle Sàrl est créée, la société porte sa propre date de constitution : la continuité historique n’est donc pas toujours évidente pour un client, une banque ou un partenaire qui consulte uniquement le registre du commerce sans prendre en compte les publications du FOSC.

Commencer avec une structure légère peut être parfaitement logique. Lorsque la croissance, l’arrivée d’investisseurs ou des engagements importants sont déjà prévisibles, il peut néanmoins être moins coûteux de choisir dès le départ une forme adaptée au projet à moyen terme.

Et l’association ?

L’association répond à une logique différente. Elle est principalement destinée à poursuivre un but idéal plutôt qu’à distribuer des bénéfices à ses membres. Elle peut exercer une activité économique, mais elle ne constitue généralement pas l’alternative naturelle à une raison individuelle, une Sàrl ou une SA pour un projet commercial classique. Elle mérite une analyse séparée lorsque le projet est culturel, sportif, social ou sans but lucratif.

Quelle forme choisir ?

La raison individuelle privilégie la simplicité et des coûts réduits, au prix d’une responsabilité personnelle et d’une protection sociale moins complète. La Sàrl offre un équilibre adapté à de nombreuses PME. La SA devient particulièrement intéressante lorsque l’entreprise doit lever des fonds, accueillir des investisseurs ou préparer sa transmission.

Le bon choix dépend toutefois moins d’une préférence générale que de vos chiffres, de vos risques et de vos projets. Avant de vous lancer, une comparaison chiffrée permet souvent d’éviter une structure trop coûteuse aujourd’hui ou une transformation inutile demain.

Parlons de votre projet

Un premier échange, sans engagement, permet généralement de déterminer rapidement la forme juridique adaptée à votre situation.